Mercredi 1 avril 2009
3
01
/04
/Avr
/2009
20:05
Une famille africaine – en lutte pour la reconnaissance de son droit au logement – raconte son itinéraire.
Notre famille compte 4 personnes. Notre fils a 4 ans et notre fille a 7 ans. Nous sommes arrivés le dimanche 8 mars à Paris pour demander l’asile politique en France. A notre descente d’avion,
nous ne savions pas où aller et nous n’avions pas d’argent. Une femme française, émue par nos enfants, a compris que nous étions perdus et à la rue. Elle a proposé que nous dormions chez elle
pendant 2 nuits. Le mardi 10 mars, nous avons contacté la communauté de notre pays d’origine mais personne ne pouvait nous venir en aide. Le soir même, nous avons dormi dans une maison abandonnée
avec d’autres SDF : c’était notre première nuit à la rue en France. Le mercredi 11 mars, un homme français, lui aussi ému par nos enfants, nous conseille d’aller en province, dans une petite
ville, car « il y a beaucoup d’africains dans la capitale ». Il nous emmène à une gare et nous prenons le train dans la direction qu’il nous indique. Sans argent, nous ne payons pas le billet et
nous nous cachons dans les toilettes pour éviter le contrôleur. Le train traverse plusieurs villes qui nous paraissent trop grandes, en particulier Rennes dont nous apprendrons le nom le
lendemain. Nous descendons à la gare de St Brieuc. Une personne nous indique un « service pour réfugiés ». Nous y allons et on nous emmène au CADA (Centre d’accueil pour demandeurs d’asile) de St
Brieuc. Il est plein. Le CADA nous dit que, de toute façon, il faut d’abord passer par Rennes pour être admis à St Brieuc car la plateforme d’accueil a fermé suite à la régionalisation : tous les
demandeurs qui arrivent en Bretagne doivent passer par Rennes pour être accueillis et orientés vers un hébergement. Comme il est 16 heures, le CADA nous paye une nuit d’hôtel et nous y emmène. On
ne nous donne aucun argent pour manger, même pas pour les enfants. Le lendemain matin, nous reprenons le train pour Rennes. Sans argent, nous ne payons pas le billet. Une compatriote qui vit en
France parle au contrôleur : il ne nous donne pas d’amende car il est ému par nos enfants. Le jeudi 12 mars, nous atterrissons donc à Rennes. Guidés par la compatriote du train, nous allons au
SAO, le Service d’accueil et d’orientation pour les personnes étrangères qui arrivent en France. Ce service social nous dit qu’il n’y a aucune place d’hébergement sur Rennes. Il nous donne
cependant toutes les adresses des associations caritatives pour obtenir des vêtements, de la nourriture… Le SAO nous invite à contacter le 115, numéro d’urgence pour les gens à la rue. Nous le
contactons mais le service est saturé : aucune place pour nous. Le SAO nous dit d’aller place de Bretagne pour attendre le passage du camion de la Croix rouge afin d’obtenir du café et du thé
vers 21 heures 30. Nous trouvons un banc vers 17 heures. Les enfants ont froid et pleurent. Le camion de la Croix rouge passe bien vers 21 heures 30, nous réconforte un peu puis repart. Nous
restons seuls sur notre banc. Vers 23 heures 30, une famille française nous repère, toujours grâce à nos enfants. Elle nous propose le logis pour la nuit. Le vendredi 13 mars, la famille nous
donne le contact du collectif de soutien aux personnes sans-papiers de Rennes qui occupe le centre social de Carrefour 18. Depuis le vendredi 13 mars, nous occupons des lieux publics parce que
l’Etat français refuse de nous donner l’hébergement auquel nous avons droit en tant que demandeurs d’asile.
(Témoignage reconstitué à partir du récit oral de la famille.)
Collectif de soutien aux personnes sans-papiers de Rennes
MIR, 7 quai Chateaubriand
35000 Rennes
assemblée générale ouverte chaque mardi à 18 h 30
Par Schlabaya
-
Publié dans : Politique
-
2